Mestan Tekin - Babel #1 - Collection privée

Babel,

L'expansion du

monde

Mestan Tekin - Babel #1 - Collection privée

Babel #1

Mestan Tekin

Huile sur papier toilé - 2018

45 X 57 cm

Ci-contre : 

La Tour de Babel

Pieter Brueghel l'Ancien

1563, huile sur panneau de chêne

Collection du Kunthistorische Museum de Vienne

La tour de Babel est un thème récurant dans l’art. Elle apparaît sous plusieurs formes. Je me souviens de la première fois que j’ai rencontré la Tour de Babel de Brueghel. Je devais avoir 12 ans. Je me suis dit « J’aime ça! ». La forme de la tour, la composition du tableau, l’horizon lointain… chaque élément semblait à sa place prêt à m’accueillir. Lorsque nous avons l’impression qu’une peinture est faite pour nous, c’est une véritable opportunité. C’est comme si on vous parlait de vous, avec des mots nouveaux. 

L’origine de cette peinture est donc le tableau de Brueghel que l’on retrouve dans la collection du Kunsthistorisches Museum de Vienne. 

Ce n’est pas le sens biblique du mythe qui m’intéresse, mais plutôt l’idée de perte de cohésion. La tour telle que nous la découvrons dans l’art a une certaine solidité. C’est la prétention de l’homme qui défie sans cesse la nature et veut l’organiser comme il l’entend. Nous voyons aujourd’hui l’impasse de cette route. Je voulais qu’il y ait autant de touches de pinceau que de langues. Ce n'est pas un chaos, mais un éclatement, une expansion.

Le défi était de créer une tour de Babel qui perdait sa cohésion dans un mouvement pris sur le vif. Il fallait sortir du figuratif pour entrer dans une abstraction généreuse, conciliante avec le réel.  

Mestan Tekin - Babel #1 - Collection privée

La composition est un V inversé. Il me semble que j’ai utilisé toutes les couleurs de ma palette pour illustrer cet éclatement par d’innombrables touches. Blanc de titane, jaune de cadmium, vermillon, alizarine cramoisie, terre de Sienne brûlée, terre d’ombre, bleu de cobalt, outremer. 

Le fond est un mélange brossé de blanc de titane, de cobalt et d’alizarine. 

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En réalité, il n’y a pas de frontière entre le figuratif et l’abstraction. Notre regard et notre esprit sont capables d’organiser ou de désorganiser ce que nous voyons ou ce que nous croyons voir. Le combat séculaire entre ces deux écoles n’a pas de sens. Ce que vous avez devant vous est bien une tour de Babel. Ce qu’elle perd en définition de la forme, elle le gagne au quintuple par le mouvement et l’éclatement. Il n’y a pas une vision du monde, mais des multiples visions. L’art est un langage qui permet de s’en rendre compte.